La question nous est souvent posée, Sylvie Amar y répond.

Pour comprendre notre approche, il faut d’abord replacer notre métier dans son contexte : nous sommes une agence de design global. Nous travaillons aussi bien avec des agriculteurs, des équipementiers, des industriels de l’agroalimentaire, des coopératives, qu’avec les artisans des métiers de bouche. De l’indépendant au CAC 40, notre rôle reste le même : apporter des solutions concrètes aux problématiques que l’on nous apporte.
Le métier de designer est tout d’abord un métier d’artisan, ce n’est pas un métier d’artiste (un artiste choisit délibérément son œuvre et la manière de la gérer). Le designer, lui, est prestataire : nous ne sommes pas ‘auteur’ au sens artistique du terme, nous signons une prestation de service, pas une œuvre.

« Mon métier fait partie des arts appliqués, “appliqués” parce qu’ils répondent à un cahier des charges, à un domaine, au service d’un objectif (à l’inverse des Beaux-Arts, qui forment des artistes). Je suis directrice de création au sens où je pilote les équipes et l’ensemble des projets de l’agence et aussi la directrice artistique : une double fonction en quelque sorte.

Le métier de directeur artistique (ou DA) s’apprend avec le temps, l’expérience et la diversité des sujets. Il faut un profil complet capable de naviguer entre créativité et production. Je suis « un chef d’orchestre créatif », qui gère le visuel, le formel, l’ambiance et l’atmosphère, mais aussi les sonorités, les cinq sens et les tonalités de texte, les palettes de couleur, les typographies… C’est un métier de traducteur entre les besoins et demandes des clients et l’objet final (qu’il s’agisse d’un vrai objet, d’une publicité, d’un logo, d’une charte graphique, d’un site web, d’une vision, d’une collection de packagings, d’une gamme de couleurs, d’une boutique, d’une façade, de meubles ou encore de luminaires…).
Mon métier demande une solide culture de l’histoire des styles, une connaissance des techniques et de leurs contraintes, mais aussi des savoir-faire : savoir qui dessine, qui fabrique, qui produit. Il demande aussi de savoir coordonner les talents (artisans, fabricants, créateurs) qui donnent vie aux projets, aux objets.

Nous sommes les garants d’une identité, les ambassadeurs d’une marque, les garde-fous des débordements et surtout nous connaissons les contours d’un projet pour assurer la coordination puis le déploiement. Un bon directeur artistique ne se contente pas de dire ce qu’il faut faire, il le ‘fait‘ avec ses équipes.
Notre métier est un métier créatif emplis de contraintes : on crée et on déploie, on dessine et on fabrique. Nous devons connaître et respecter les contraintes du donneur d’ordre, du dirigeant, du service marketing, mais aussi de la logistique, des data, des impératifs techniques.
Ce métier est passionnant, exigeant, chronophage et profondément créatif. Un challenge permanent que j’embrasse chaque jour avec délice.